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Quel rôle pour l'école ? Education ou Instruction ?
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Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Club Philo du Lycée de Sèvres Index du Forum -> [Archives] : École et laïcité
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Shrath



Inscrit le: 24 Sep 2002
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MessagePosté le: 15/Jan/2004, 21:08    Sujet du message: Quel rôle pour l'école ? Education ou Instruction ? Répondre en citant

Bonjour !

On pourrait dans un premier temps rappeler ce qui est entendu par "INSTRUCTION", ses limites, et en quoi elle se différencie de " l'EDUCATION", et si ce n'est pas à l'Etat, ou aux parents d'éduquer ou d'instruire ?

pour nourrir votre réflexion, des textes philosophiques sont à votre disposition à la page suivante : http://lyc-sevres.ac-versailles.fr/projet-eee_txt_reflex.php

Ci dessous, un extrait du texte de Kant, et un autre du petit livre rouge sur l'éducation du peuple dans les pensées de Mao Zedong.


Citation:
« Il y a beaucoup de germes dans l'humanité, et c'est notre tâche que de développer d'une manière proportionnée les dispositions naturelles, que de déployer l'humanité à partir de ces germes, et de faire en sorte que l'homme atteigne sa destination. Les animaux remplissent d'eux-mêmes leur destination et sans la connaître. Seul l'homme doit chercher à l'atteindre, et cela ne peut se faire s'il ne possède pas un concept de sa destination. (...)

Source : http://lyc-sevres.ac-versailles.fr/projet-eee_txtEducKt.php

Citation:
Our educational policy must enable anyone who receives an education to develop morally, intellectually, and physically and become a worker with both socialist consciousness and culture.

Notre politique d'éducation doit permettre à tous ceux qui reçoivent une éducation de se déveloper moralement, intellectuellement et physiquement pour devenir un ouvrier doté d'une conscience et d'une culture socialiste

Traduction From Chairman Mao Zedong, Foreign language press 1966
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utilisateur-eee



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MessagePosté le: 22/Jan/2004, 10:40    Sujet du message: Répondre en citant

C'est très interessant de confronter ces deux citations ensemble, parce que l'idéologie présente dans les deux textes est tellement différente!

Kant semble favoriser l'épanouissement de l'homme, avec comme but, comme "destination" une meilleure connaissance de lui même, pour s'épanouir pleinement en tant qu'être humain. Je trouve cette pensée vraiment inspirante.

Venons en maintenant à notre cher Mao. C'est un peu différent de Kant, un peu plus pratique et terre à terre. Travaillez et éduquez vous pour le bien du pays!
Le but n'est plus du tout personnel, il faut travailler pour la communauté et être instruit juste assez pour servir le pays. Je trouve ça nettement moins inspirant. On sent le voeu d'endoctriner la population pour servir des intérêts qui se limitent à une simple considération materielle.

Enfin bon, on se rend compte que les considérations philosophiques ne sont pas toujours les mêmes que les considérations politiques... C'est peut-être pour ça qu'il faut faire attention à ne pas trop rapprocher l'école et les institutions politiques, pour que l'école puisse se developper librement, sans contraintes de l'exterieur. L'école est un lieu de loisir, ne l'oublions pas!
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Anne Losq



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Localisation: Lycée de Sèvres

MessagePosté le: 22/Jan/2004, 10:56    Sujet du message: Répondre en citant

Juste pour préciser que l'utilisateur-eee qui a rédigé le message précédent est plus connu sous le nom de Anne en TL1.
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Shrath



Inscrit le: 24 Sep 2002
Messages: 111
Localisation: sevres

MessagePosté le: 24/Jan/2004, 17:39    Sujet du message: abcès Répondre en citant

Mais justement, faites vos choix, faites vos choix orientez vous et entrez dans des filières, spécialisées, sinon sélectives pour pouvoir être plus efficaces plus tard, et pour trouver un travail facilement ! il faut étudier pour trouver des métiers productifs enfin ! Pas idée de nourrir une poignée de chercheurs enfermés dans leurs laboratoires si on ne peut pas appliquer le produit de leurs recherches, n'est ce pas ? Allons-y pour l'instruction, allons-y pour un entonnoir dans la gorge où l'on fait dégringoler des traités d'analyse. Evidemment, tout le monde devrait faire sciences po parce que la durée moyenne de recherche d'emploi à la sortie de l'école ne dépasse pas 4 mois, que dis-je, ils sont presque recrutés à la sortie ! Et pour déterminer quelles études faire, impossible et impensable (d'ailleurs personne ne serait assez fou pour y penser ) de s'abstraire de "ce qu'on veut faire plus tard". C'est bien reconnu qu'il existe des métiers qui valent plus que d'autres, bien sûr seuls les Directeurs aux Ressources Humaines comptent, c'est pourquoi on devrait tous maintenant se précipiter dans la vie active, lire les journaux qui donnent des informations utiles, des valeurs sûres, qui servent, parce que le connaître les fluctuations du latex comporte bien plus d'enjeux que de se demander si l'école telle que nous la connaissons aujourd'hui est l'école que nous aurions aimé connaitre.


Voilà. L'abcès commence à se crever. Laissons couler un peu.
Et peut-être pourrions nous le panser
et penser.. ?


Dernière édition par Shrath le 26/Jan/2004, 22:16; édité 1 fois
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Invité






MessagePosté le: 26/Jan/2004, 20:19    Sujet du message: Répondre en citant

Tout à fait, Shrath.
Et dans cette optique, à bas les artistes de toute sorte. Qu'on enferme tout penseur qui ne génére pas de richesses materielles pour le bien économique de la nation. Plus de poésie, plus de philosophie, et plus de progrès d'ailleurs, puisque l'on apprendra seulement les choses qui sont absolument nécessaires pour notre métier.
Ce point de vue est digne de toute utopie noire comme 1984 ou Catch 22. Les hommes deviennent des machines ou sont enfermés dans la matrice, dans la caverne de Platon, enfermés, enchainés, sans possibilité de se libérer, parce qu'ils n'apprennent rien pour le plaisir!! Rien du tout!!!
Alors, l'instruction sans éducation, à petites doses quand même, non?
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jojo the Mojo



Inscrit le: 27 Nov 2003
Messages: 12
Localisation: Moon Palace

MessagePosté le: 30/Jan/2004, 9:53    Sujet du message: Répondre en citant

En voilà, une belle joute de moeurs! Entre un invité anonyme (pas bien, il faut assumer ses opinions, au moins)
Je crois cependant pouvoir affirmer que la dite Shrath ne fait ici que pratiquer la maïeutique chère à barbu l'ancien, père des philosophes...
Accouchons donc, et joyeusement!

Que dire de l'éducation en tant qu'elle s'opposerait à l'instruction?
Peu de choses... Anne en a déjà tellement dit! Il faudrait cependant ajouter un point, peut-être. Que dire de l'école quand, s'échappant un peu de son rôle libérateur (lisez Anne!), elle devient une priorité étatique et pense pouvoir édicter LA bonne manière de former les esprits à être libre... Comment comprendre cela? C'est difficile. En effet, obliger quelqu'un à être libre n'est pas possible.
Je propose à qui est intéressé de parler un peu de systèmes alternatifs, si vous en avez une petite idée ou expérience : dans quelle mesure ces systèmes sont-ils plus libérateurs, éducatifs?
_________________
Iambic Kangaroo
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Anne Losq



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MessagePosté le: 01/Fév/2004, 16:03    Sujet du message: Répondre en citant

Je n'ai pas une grande experience de systèmes alternatifs éducatifs, mais c'est vrai qu'il semblerait peut être y avoir quelques solutions pour permettre à l'école de remplir sa mission envers les élèves, c'est à dire (de la façon dont je conçois la chose) de les inciter à réfléchir librement, et à prendre des initiatives.

D'abord, l'environnement de l'école peut contribuer à l'épanouissement de l'élève. Je sais que ça va paraître très écolo, mais la présence d'arbres et de terrains verts pourrait favoriser une vision plus positive du monde éducatif ( ça peut aussi favoriser la farniente, mais bon au moins on aura eu de bonnes experiences).
Ensuite, peut être plus important, la nécéssité de ne pas rendre l'élève passif face à ce qu'il apprend. Ce que je reproche beaucoup au système français (et je ne sais pas si c'est différent à Kaposvar?), ce sont les cours magistraux qui sont toujours très majoritaires, même dans les lycées. La participation des élèves est acceptée et même recommendée dans bien des cas, mais celle ci semble parfois très artificiellement instaurée, sans qu'il yait un véritable voeu de dialogue.
Les élèves eux aussi sont peut être à blâmer dans certains cas, parce qu'on s'attend à tout recevoir de la bouche du prof pour ensuite pouvoir l'apprendre et le ressortir dans une copie. Mais est-ce que ce serait ça vraiment le but de l'éducation?
Une prof que j'estime beaucoup n'a cessé de nous inciter à s'approprier la matière pour que l'on puisse exprimer ce que l'on avait véritablement ressenti face aux textes étudiés, et je suis tout à fait d'accord avec elle. Mais est ce que avoir cours jusqu'à 6:00 du soir permet vraiment une très bonne "appropriation de la matière" quand la seule chose à laquelle on pense c'est notre fatigue et la perspective des devoirs du soir?

Donc, il semble que différents éléments sont à prendre en considération:
_l'environnement exterieure
_la vision pédagogique éducative
_l'investissement des élèves
_des questions d'horaires et de restructuration

Voilà!
J'attends vos interjections avec impatience!!
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jojo the Mojo



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MessagePosté le: 05/Fév/2004, 18:32    Sujet du message: Répondre en citant

Ah, Anne !

Quel esprit !

Voilà un début intéressant, mais comment se fait-il que personne d'autre n'écrive. Le monde philosophique de Sèvres et d'ailleurs aurait-il perdu sa langue, bien pendue quand il s'agit de discuter ?

Relançons donc ! Moussaillons, debout ! Aux armes, citoyens ! ... enfin, pas des armes, hein ?

Pensez, que diable ! Croyez-vous qu'Anne a raison ?! C'est un scandale ! Il faut presser les élèves comme des citrons jusqu'à ce qu'il donnent tout ce qu'il ont. Il n'y a aucune autre méthode éducative valable. Shrath a raison. L'école est une entreprise, point à la ligne. Compétition : 100% , Réflexion : 0
Voilà l'avenir !
_________________
Iambic Kangaroo
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qsd
Invité





MessagePosté le: 08/Fév/2004, 15:41    Sujet du message: Répondre en citant

Anne, quelques resèrves :

Tu n'es pas, bien évidemment, la première à imaginer ce genre d'environnement scolaire. Preuve en est que mon école primaire ressemble tout à fait à ce que tu décris. Joli court avec plein d'arbres bien solides sur lesquels on pouvait se cogner, mais, surtout, ce besoin d'aider l'enfant à s'exprimer librement, à s'épanouir, et non pas lui distiller de la conaissance en boite, "magistralement". Une "école nouvelle" au sein de laquelle j'ai passé d'excellents moments.

J'ai croisé récemment un ex-camarade de classe, bien plus en contact que moi avec nos anciens amis d'il y a 7 ans. Je lui ai demandé ce qu'ils devenaient.
"Lui, il fait un CAP imprimerie au Plessis-Robinson..... Quant à lui, il fait un CAP a temps partiel en mécanique, à Paris...... moi, j'suis en STT, lui il est en CAP menuiserie....."
Certes, il en faut, mais ces formations restent des [i]formations![i], soit l'antithèse même de l'appropriation de la matière, de l'épanouissement intellectuel. J'ai quitté cette école aprés la CM2, les gens à qui je fais référence y ont fait une grande partie de leur secondaire.... je n'aime pas dire ça mais, si je m'en tire un peu mieux - je suis peut-être snob, mais je doute que ces gens suivent ces cours par passion - c'est peut-être car j'ai ensuite suivi des cours plus compétitifs, plus académiques ?
L'appropriation de la matière oui mais....dans un monde aussi compétitif, mettre l'enfant dans la situation que tu décris, ce n'est peut-être pas préparer aux difficultés, aux réalités du monde adulte....

Qu'en pensez vous ?
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Shrath



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Messages: 111
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MessagePosté le: 08/Fév/2004, 17:03    Sujet du message: Répondre en citant

On a parlé de la forme, de l'environnement, du contexte qui serait favorable à l'apprentissage, mais peu encore du contenu...

Quant à l'environnement scolaire, j'ai connu des écoles où des religieuses organisaient des récoltes de noix, de pommes chaque automne avec une poignée d'élèves plus ou moins enthousiastes. Il y avait un verger, un potager entouré de redoutables plates bandes qu'il ne fallait surtout pas écraser. Je dirais qu'aussi saugrenu que cela puisse paraître, les arbres, les feuilles, les noix améliorent considérablement l'ambiance (le terme est des plus mauvais, mais à défaut d'en trouver un autre) de l'école. Premièrement parce qu'on n'est pas dans une situation de "promiscuité" permanente, avec les autres élèves, fumeurs ou non. Deuxièmement, il me semble que même si la raison doit se débarrasser de ce qui est naturel en l'homme, elle germe mieux avec plus de soleil. Le passage des saisons marque le passage du temps, de l'année scolaire.. et du progrès.

L'expérience de l'éducation dans une sphère religieuse peut aussi contribuer à la réflexion. L'influence catholique se manifestait par des crucifix dans les salles de classe, une prière (notre père et ave maria) au début de la journée, éventuellement une messe tous les vendredis et un pèlerinage chaque trimestre. Loin d'avoir corrompu mon jugement, j'ai trouvé cette expérience des plus enrichissantes. Bien que pour un enfant de 12-13 ans, l'éducation catholique, à savoir le cathéchisme etc. peut sembler des plus rébarbatifs, il est certain qu'on y acquiert une culture tout à fait nécessaire dans un pays comme la France, où l'héritage catholique est toujours présent, autant dans la littérature que pour comprendre une partie des moeurs françaises, et ses jours fériés, par exemple...

Au plaisir d'entendre vos objections et remarques !
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Juliette D



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MessagePosté le: 11/Fév/2004, 15:21    Sujet du message: Répondre en citant

Bon ça va être difficile parce que j'ai beaucoup de choses à dire.

Tout d'abord, je ma reconnaît totalement dans la description de l'invité qsd car j'ai fait mon primaire dans une "école nouvelle" et je suis partie fin CM2 (à Sèvres!). "besoin d'aider l'enfant à s'exprimer librement, à s'épanouir, et non pas lui distiller de la conaissance en boite, "magistralement"" c'est tout à fait ça. Par contre, mon idée des parcours technologiques, professionels et autres n'est pas tout à fait la même. A mon avis, c' est une très bonne chose que ces filières existent et que certaines personnes yaillent , c'est simplement les filières elles-mêmes qui pèchent. Leur importance est négligée de manière honteuse et elles sont communément vues comme des poubelles. Or, je suis persuadée que les études intellectuelles, c'est bon pour certains et pas pour d'autres. Ce que nous nous considérons comme indispensable et épanouissant (les lettres, les sciences, la philo..) pour d'autres c'est bien mais ça n'a absolument pas cette importance fondamentale que nous lui accordons. Vous n'avez pas un ami passionné de menuiserie, ou de restauration, un cousin qui ne rêve que d'une chose, c'est d'être prof de danse etc, etc?...Quand on met les choses dans cette perspective, c'est différent, il me semble. Attention, je ne suis pas en train de défendre la tendance qui pousse tous les jeunes de milieux difficiles à ne même pas tenter le "général" pour aller s'emmerder à 100 à l'heure dans des filières technologiques qu'ils n'ont même pas choisies. Je pense à des garçons de ma classe en 4ème 3 ème qui sont partis faire de l'informatique alors qu'ils n'avaient jamais vraiment bossé sur un ordinateur (pour les filles, c'est le secrétariat, si je comprend bien). Là il y a un véritable problème. Je pense qu'en Allemagne par exemple les options de spécialisation sont de très bonne qualité et très diversifiées, mais je n'en sais pas beaucoup plus.
Pour revenir à ce qui opposait Anne et l'invité: des études de différentes classes de primaires ont été faites, les unes avec une structure autoritaire (un maître/une maîtresse dirigeant des petits élèves) les autres avec une structure plus démocratique (notre fameuse "école nouvelle", avec des séances entières où on décidait nous-mêmes de notre emploi du temps, tout un système de conseils de classe, de rôles et de métiers pour chacun d'entre nous). Bref. Certaines situations montrent les différences profondes qui s'inscrivent alors. Ca ne va pas être une révélation, mais bon; si le maître s'absente, on aura d'une part la bamboola dans la classe de structure autoritaire (pas plus tard que ce matin j'en ai eu l'illustration désolante: en bac blanc de philo il a suffit que le surveillant s'absente 2 min pour que ce soit la foire. les impies. bon d'accord je suis en S) d'autre part, disais-je, on ne constatera aucun remous dans l'autre classe. Puisque chacun avait, soit décidé lui-même de son activité, soit compris parfaitement l'utilité et l'intérêt de ce qu'on lui avait proposé de faire (= obéissance par volonté...). Aussi, un nouveau sera beaucoup mieux intégré dans la classe 'démocratique'. Cependant, et c'est là que ça devient intéressant, la production est supérieure dans la classe autoritaire. D'où le problème qui oppose Anne, idéaliste bosseuse mais pas trop quand même
Citation:
ça peut aussi favoriser la farniente, mais bon au moins on aura eu de bonnes experiences
(je rigole, Anne) et l'Invité, qui reconnaît l'utilité d'un système compétitif. Je renvoie ici les anglophones qui connaissent l'approche anglo-saxonne de l'éducation, plus libre etc...moi ce que j'en ai goûté me confirme dans mon opinion, que je vais vous exposer.

Je pense que le système compétitif est efficace à condition que l'élève soit dans une bonne position pour y répondre. Malheureusement ce n'est pas le cas pour la majorité des lycéens et c'est pourquoi ça marche mal. Je m'explique.
L'école, c'est d'abord fait pour nous faire cogiter (les synapses entre les neurones, tout ça, vous connaissez.) Pour que ça marche, il faut commencer tôt, donc il faut quand même forcer l'enfant à faire attention en cours. Ici, le mot attention a une importance fondamentale. Je me rapporte à ce qu'écrit Simone Weil dans le texte que j'ai joint. L'enfant aura peut-être une production moindre dans l'environnement de l'école 'démocratique', mais son activité aura été beaucoup plus précieuse. Cependant, au fur et à mesure que l'on grandit, on se rend compte que notre temps est compté et on accepte de moins en moins de le dédier à des activités qui ne présentent qu'un intérêt réduit pour nous. Donc oui à une spécialisation, si elle est raisonnée et voulue par l'élève, et de bonne qualité. Il ne faut pas oublier que d'accord on se spécialise mais que ça ne nous empêche pas de continuer à accroître notre connaissance dans d'autres domaines (je pense à toutes ces encyclopédies, ces personnes savantes, ces conférences, ces émissions de radio, toutes ces merveilles à notre portée!). Une fois que l'école nous a donné une notion de l'immensité des savoirs la curiosité et le courage pour croquer là-dedans, et malgré tout je trouve que l'éducation nationale y arrive pas mal, alors elle a accompli sa tâche et tant mieux si elle nous pousse un peu à trouver notre voie! (dit celle qui ne sait toujours pas ce qu'elle va faire l'année prochaine...) Mais pour être réceptif, il faut que l'élève ait la maturité nécessaire et c'est la que le bas blesse.
Mais je vais arrêter parce-que tout se brouille dans ma tête.
Je vous donne l'adresse du cite de cette fameuse école nouvelle, La Source, pour ceux que ça intéresse : http://perso.wanadoo.fr/ecole.lasource/
D'ailleurs il y a quelqu'un d'autre sur ce site qui pourrait témoigner...


Texte de Simone Weil (hm...je n'ai pas réussi à le mettre en fichier)

« Bien qu’aujourd’hui on semble l’ignorer, la formation de la faculté d’attention est la but véritable et presque l’unique intérêt des études. La plupart des exercices scolaires ont aussi un intérêt intrinsèque ; mais cet intérêt est secondaire. Tous les exercices qui font vraiment appel au pouvoir d’attention sont intéressants, au même titre et presque également. (…)
Jamais, en aucun cas, aucun effort d’attention véritable n’est perdu. Si on cherche avec une véritable attention la solution d’un problème de géométrie, et si, au bout d’une heure, on n’est pas plus avancé qu’en commençant, on a néanmoins avancé, durant chaque minute de cette heure, dans une autre dimension plus mystérieuse. Le fruit se retrouvera sans doute aussi par surcroît dans un domaine quelconque de l’intelligence, peut-être tout à fait étranger à la mathématique. Peut-être un jour celui qui a donné cet effort inefficace sera-t-il capable de saisir plus directement, à cause de cet effort, la beauté d’un vers de Racine.
Toutes les fois qu’un être humain accomplit un effort d’attention avec le seul désir de devenir plus apte à saisir la vérité, il acquiert cette aptitude plus grande, même si son effort n’a produit aucun fruit visible (…).
Il faut donc étudier sans aucun désir d’obtenir de bonnes notes, de réussir aux examens, d’obtenir aucun résultat scolaire, sans aucun égard aux goûts ni aux aptitudes naturelles, en s’appliquant pareillement à tous les exercices, dans la pensée qu’ils servent tous à former cette qualité d’attention. (…)
Pour faire vraiment attention, il faut savoir comment s’y prendre. Le plus souvent on confond avec l’attention une espèce d’effort musculaire. Si on dit à des élèves : « Maintenant, vous allez faire attention », on les voit froncer des sourcils, retenir la respiration, contracter les muscles. Si après deux minutes, on leur demande à quoi ils ont fait attention, ils ne peuvent pas répondre. Ils n’ont fait attention à rien. Ils n’ont pas fait attention. Ils ont contracté leurs muscles. On dépense souvent ce genre d’effort musculaire dans les études. Comme il finit par fatiguer, on a l’impression qu’on a travaillé. C’est une illusion. La fatigue n’a aucun rapport avec le travail. Le travail est l’effort utile, qu’il soit fatigant ou non. (…)
L’intelligence ne peut être menée que par le désir. Pour qu’il y ait désir, il faut qu’il y ait plaisir et joie. L’intelligence ne grandit et ne porte de fruits que dans la joie. La joie d’apprendre est aussi indispensable aux études que la respiration aux coureurs. Là où elle est absente, il n’y a pas d’étudiants, mais de pauvres caricatures d’apprentis. »

Simon Weil, Réflexions sur le bon usage des études scolaires

(le texte a été légèrement remanié et beaucoup réduit)
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jojo the Mojo



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MessagePosté le: 12/Fév/2004, 18:58    Sujet du message: Répondre en citant

Merci Juliette. (Ah, au fait, à mon avis, l’ “autre du site” auquel tu fais réference est en fait l’invité qsd... non?)

Ta contribution précieuse éclaire un peu mes perspectives.

Grâce à Simone, je vais pouvoir formuler ce que je pensais sans pouvoir pour autant le voiser (wouah ! le mot ! ). On voit dans l’extrait que tu cite l’importance de travailler de manière désintéressée : voilà une noble pensée.

Comme Juliette et Elliott (c’est lui, qsd ! ), je sors d’une école dite “nouvelle”. J’y suis cependant resté plus longtemps - jusqu’en début de seconde - et j’ai ainsi pu me rendre compte assez précisément des bienfaits de deux systèmes quasiment opposés.

A la “Libre Ecole Rudolf Steiner”, comme à “La Source” je crois, une importance plus grande est donnée aux matières artistiques (sculpture, forge, peinture, eurythmie - pour savoir ce qui se cache derrière ce nom barbare, demandez-moi -, modelage, etc.).

Cependant, ceci nest que le côté ‘sympa’ de cet enseignement alternatif. On y dispense aussi des cours d’anglais et d’allemand dès la 1ère classe (CP), tandis que le programme d’apprentissage de la lecture et de l’ecriture est étalé sur deux ans pour laisser plus de temps d’adaptation aux nouveaux écoliers... D’où l’année de ‘retard’ qui fait souvent demander aux gens si j’ai redoublé : ce mot n’existait pas à Steiner jusqu’en 2000... Vive le nouveau millénaire !

D’autre part, et ceci se rattache à ce qu’écrit Weil, nous ne recevons de note chiffrée qu’à partir de la 9ème classe si je ne m’abuse (équivalent de la 4ème publique), époque à laquelle nous sommes jugés plus aptes à relativiser ce classement, imbécile en fin de compte. Ceci annule la compétition entre élèves et instaure un système basé sur l’amélioration de soi en tant que camarade et non pas en tant que cerveau... Ironie mise à part, j’ai récemment ressorti mes bulletins de l’époque. Chacun des profs établit sur une quinzaine de lignes minimum l’évolution de l’élève (moi) pendant l’année. Comportement, relation aux autres, à l’adulte... tout y passe. Je me souviens encore que je discutais avec mes parents pour voir ce je pourrais améliorer l’année suivante : moins d’aggressivité, plus d’effort de compréhension à l’égard de tel ou tel autre élèves différent de moi...

Le bilan est le suivant : je pense qu’en sortant d’un tel système, malgré les problèmes d’adaptation que l’on peut avoir en raison de la structure plutôt ‘cocon’ de ce magnifique établissement - un château au milieu d’un parc - et du niveau parfois insuffisant dans certaines maitères, les “steineriens” sont dotés de qualités certaines : l’adaptabilité, l’amour du travail bien fait (plus par le passé qu’aujourd’hui, peut-être, car l’école est plus ouverte sur le monde qui l’entoure), mais surtout un rapport différent aux autres, notamment aux professeurs. Ces derniers, en raison de la micro-structure de l’établissement (une classe par niveau seulement) et des principes pédagogiques propres à Steiner, sont en contact direct avec chacun des élèves tout au long de leur scolarité. Il n’y a par conséquent pas besoin de délégués de classe. Chacun prend la parole pour lui-même et les autres s’il le souhaite. Une sorte de petite démocratie totale... N'est-ce pas une des directions nécéssaires que l'éducation devrait envisager ?

Ce rapport est ensuite, dans l’écrasante majorité des cas, reporté sur les adultes en dehors de l’école, notamment sur les professeurs du système public quand on l’intègre. il est pratiquement de rigueur d’entretenir des rapports approchant l’amitié et dépassant le simple respect avec les profs pour pouvoir travailler dans de bonnes conditions...

Ceci n’est qu’un bref aperçu, mais si vous venait l’envie d’en savoir plus, Steiner n’ayant pas de site propre, vous pouvez toujours me demander.

Brillez en ces jours sombres !
_________________
Iambic Kangaroo
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EllFox



Inscrit le: 06 Sep 2003
Messages: 10

MessagePosté le: 13/Fév/2004, 17:59    Sujet du message: Répondre en citant

au passage

c'est bien moi qsd, j'avais juste la flemme de rentrer mon mot de passe....tout rentre dans l'ordre donc ! Smile
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Pere Roland



Inscrit le: 04 Mar 2004
Messages: 1

MessagePosté le: 04/Mar/2004, 23:08    Sujet du message: Répondre en citant

Oyez, éphèbes philosophes, la parole de Pere Roland !

Je me permet de poster sur ce forum pour deux raisons :

- pour faire plaisir a Juliette qui a la chance de m'avoir dans sa classe (la fameuse TS2 du lycée Francois 1er de Fontainebleau) et qui m'a harcelé pour que j'aille visiter votre site que je trouve finalement admirable et de très bonne qualité aussi bien sur le fond que sur le contenu. (on voit qu'ici, on post en faisant attention à l'orthographe Smile pas comme sur 99.9% des forums)

-et pour critiquer Juliette.... comme d'habitude .... qui a le malheur d'être l'idéaliste assidue de la classe (aïlle aïlle aïlle ca va faire mal, vive les représailles en cours quand elle va lire ca) et qui bien entendu idéalise quelque peu le systeme scolaire Allemand. J'ai passé 6 mois en Allemagne dans le cadre du programme Voltaire (mais oui, ce formidable échange scolaire organisé par l"OFAJ) et j'ai été horrifié. En fait, ce qui se passe c'est que des la sortie de la Grundschule on sélectionne (environ la 6eme en France) on est casé en fonction des notes et des choix des éleves en : Hauptschule (équivalent CAP), Realschule (equivalent Bac Pro BTS) et Gymnasium (= Bac + études sup. ensuite). Ce systeme n'est en AUCUN cas exemplaire. Qui sait a 10-12 ans ce qu'il veut faire plus tard ? Moi en terminale j'hésite encore ! Bien sur, il existe des possibilités de changer de filliere en cours de parcous, mais les taux de réussites et le nombre de candidats est ridicule en raison des énormes différences de programme et de niveau. Certains élèves se retrouvent donc souvent bloqués dans des filières qui finalement ne les interessent pas et galerent pendant des années. C'est pourquoi l'allemagne envisage de changer entierement son systeme scolaire pour le calquer sur le "modele" de la france. (la mere de mon corress Allemand était proviseur dans un gymnasium et participe actuellement a des stages en France dans le cadre de programmes financés par l'allemagne pour modifier le systeme scolaire). ( NB : la france de son coté n'arrette pas de fantasmer sur le systeme scolaire Allemand et on lit souvent dans des articles qu'il faudrait s'inspirer de ce modele "moderne", "professionalisant" etc... ) hem..
Il faut donc arretter de parler de l'exemple Allemand ou tout le monde est "a sa place" et fait ce qu'il l'interesse!

Autre chose : Je suis indigné en tant que TS2 !! Juliette se permet de dire que nous avons foutu le bordel au bac blanc de philo. ah bon ? j'etais la et je n'ai rien entendu alors (non mais c'est vrai en plus) :-/ c'est faux archi-faux sacrebleu ! qu'il y ai eu 3 pauvres commentaires du genre : tiens y a le prof qui est sorti, OK ( sur une classe de 24 en plus ! ) mais le citer en tant qu'exemple de Bordel du a la non présence de l'autorité dans un systeme scolaire autoritaire : Jamais !


Arg.. je tombe de sommeil, ca tue 3 jours de bac blanc


Un grand bravo au webmaster, le forum et le design est niquel.

gute nacht


pitié pas de commentaires sur l'orthographe je sors de 3 jours terribles de bac blanc et j'ai sommeil (il est minuit arg.. ) donc j'ai tapé ce post tres tres vite fait sans relecture Sad
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Mobashery



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MessagePosté le: 12/Mar/2004, 10:53    Sujet du message: Répondre en citant

La présentation de l’école Steiner me semble précise. Les avantages de ce système sont nombreux comme on l’a vu plus haut. Je fréquentais une école Steiner en Allemagne. Mais bien que l’absence de pression et les meilleures relations avec les profs rendent l’atmosphère plus agréable, je vois plusieurs inconvénients à cette pédagogie.

Il me semble bien de valoriser les matières artistiques et les langues (qu’on commence en chantant, jouant et parlant, tout naturellement comme les enfants, et non pas en bossant la grammaire et le vocabulaire).

Mais la valorisation de ces matières fait qu’on néglige les sciences et l’histoire. Même si les élèves de Steiner obtiennent l’Abitur (le Bac allemand), ils n’ont pas une véritable base dans ces matières – ils n’apprennent que ce qu’il faut pour le bac, ce qui complique parfois gravement les études supérieures. Il est vrai que l’ « adaptabilité », que les élèves de Steiner ont souvent, est plus importante que les connaissances précises dans certaines matières, mais beaucoup de « Steineriens » ont des lacunes graves dans leur culture générale (en Allemagne du moins)

L’idée de ne pas forcer les enfants à apprendre mais de vouloir qu’ils le fassent volontairement est très bonne, mais seulement pour ceux qui ont cette volonté.
Nombreux sont ceux, qui ne font presque rien les premières années, et qui le regrettent plus tard.

Quant à la « démocratie totale » dont parle Jonathan - elle n’atteint que des parties de l’établissement steinerien en Allemagne.
A l’école Steiner, il faut suivre des cours de religion chrétienne. Si on n’est ni catholique ni protestant, on a des cours de « Frei-Christlicher Religion » (« Libre Cours de Religion chrétienne »). On doit, même ici, faire une profession de foi à 14 ans.
Les écrivains explicitement laïques, les écrivains luttant contre la religion, même les plus connus, sont peu étudiés.
D’après ce que j’ai vu dans plusieurs écoles Steiner, les enseignants ne sont souvent pas très ouverts d’esprit – ils n’acceptent que la pensée de Steiner et la pensée de ceux que ce dernier acceptait (Goethe surtout). Tous ceux qui ne s’accordent pas avec la pensée de Steiner, sont déconsidérés.
On élève les enfants à l’abri des pensées « nuisibles » - ce qui empêche les jeunes de juger eux-mêmes ce qui leur semble juste.

Les expériences que j’ai fait avec Steiner semblent différer de celles de Jonathan. Pour moi, l’Ecole Steiner, avec tous les avantages et les bonnes idées que Jonathan a mentionnés et que je reconnais, est loin de pouvoir servir d’exemple ou de source pour l’essai d’améliorer le système scolaire public. Mais il y des bons éléments, qui pourrait améliorer ce dernier, notamment l’idée de ne pas valoriser la pure connaissance apprise, mais plutôt l’adaptabilité.
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