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Europe, Éducation, École


CLASSE ETWINNING
Philippe Fontaine, Professeur à l'université de Rouen
Multilinguisme et respect de l'autre
Séance TICE, jeudi 15 novembre 2007, 10h - 11h
Vidéo en streaming et en téléchargement
Peristeri
Modène
Alytus
Brno
Sèvres
Banska Bystrica
Sections Inter de Sèvres
Préparation de la journée européenne du projet Europe, Education, Ecole le 17 avril 2008 : Europe, culture et diversité des langues
Prochaine vidéo conférence : Jan PATOCKA, Europe et culture, diffusée sur Internet le 24 janvier 2008, 14h - 16h.  

Conférence donnée par Ph. Fontaine au lycée de Sèvres
le 15 nov. 2007. Lire : le texte intégral format PDF.

Séances TICE du projet Europe, Education, Ecole :
http://www.coin-philo.net/projet-eee.europe08.tice.php

Questions posées par les élèves de TL1 (Sèvres).
Vidéo en streaming et en téléchargement
Questions posées par les élèves de Modène (4G) :
1/ « Si la communication d'aujourd'hui semble en mesure d'exprimer nos intentions et nos idées, le peut-elle autant de nos sentiments?»
2/ « En quel sens peut-on dire que la langue contient une vision du monde ? »
3/« Une hiérarchie à propos des langues ne pourrait-elle pas avoir pour conséquence une discrimination des cultures ? »
Réponse de Philippe Fontaine : format PDF, format RTF

Culture et diversité des langues
Multilinguisme et respect de l’autre

L'institution de l'ordre humain comme passage de la nature à la culture
Le problème de toute culture est de s'imposer, au moyen d'un système de règles, c'est-à-dire d'un système symbolique, à la nature, comme ordre du biologique et du vital. L'homme est un animal culturel, en ce sens qu'il se donne à lui-même des lois, permettant d'organiser son existence en société, au lieu de se soumettre, comme le fait l'animal, au pur règne de l'instinct. De ce point de vue, la nature, ou plus exactement le rapport de la nature en l'homme, doit être domestiquée, soumis à des règles sociales destinées à la tenir en respect. Car la nature est sujette à toutes sortes de débordements, que la culture ne peut tolérer, en tant qu'ils mettent en péril l'existence sociale et politique de l'homme au sein de la Cité. C'est la raison pour laquelle la nature "n'est acceptable que contrôlée, elle n'est favorable que dénommée. La culture fait toujours prévaloir le langage sur l'action, la nature inverse ce rapport (...) En donnant la primauté au langage la culture fait prévaloir les règles ; en plaçant l'acte à l'origine la nature donne la suprématie au corps." (1). Freud a ainsi montré que la culture (et la civilisation) remplit une fonction primaire d'interdictions qui s'exerce de façon privilégiée sur les trois désirs instinctifs : le meurtre, le cannibalisme et l'inceste. Interdictions anciennes, dont Freud a montré (dans Totem et tabou) le caractère indispensable à la construction de l'humanité. Ces interdictions doivent d'ailleurs être constamment renouvelées, tant se manifeste toujours à nouveau chez l'homme la tendance à les transgresser.

Mais la question qui nous est posée n'est pas tant celle du rapport de la nature à la culture, que celle de la nature et de la signification de la relation existant entre la culture et les langues. Les langues, au pluriel ; c'est-à-dire non pas le langage, au sens large que les linguistes donnent à ce terme, désignant alors tout système de communication, mais bien la langue, c'est-à-dire ce langage particulier qu'est le système articulé, et qui est le privilège de l'homme. De quelle nature est donc le lien qui unit la culture aux langues humaines ? Ce n'est qu'après avoir tenté de répondre à cette question préjudicielle que nous pourrons espérer comprendre comment s'articulent la culture et les langues, dans leur diversité même.

Le caractère polysémique du terme de « culture »
Une autre remarque préalable s'impose, avant de tenter de répondre au sujet. Il y est fait référence à la culture ; notons d'emblée l'ambiguïté de cette notion, ambiguïté qui n'a fait que s'amplifier à l'époque moderne, du fait du développement des sciences sociales, et de l'anthropologie en particulier. Cette dernière discipline, en effet, a révélé l'existence d'un très grand nombre de sociétés (dites "primitives", dans un premier temps, avant que les travaux des ethnologues permettent précisément de dénoncer l'inanité de ce qualificatif !), considérées comme autant de "cultures", toutes différentes les unes des autres par leur contenu (c'est-à-dire par leurs règles, leurs lois, leurs conventions, leurs institutions), mais partageant néanmoins le caractère commun de se vouloir (et d'être) négation de la nature. Les travaux de Claude Lévi-Strauss, en particulier, ont permis de montrer que le propre de la culture est d'être particulière, alors que la nature se caractérise par son universalité. Ce qui est universel, quelle que soit la société considérée, relève de la nature, alors que ce qui lui est particulier, à chaque cas, signe sa dimension proprement culturelle, et la distingue de toutes les autres cultures existantes.

Le progrès des études anthropologiques a entraîné, sans doute malgré lui, un sage inflationniste du terme de "culture", qui s'est mis à désigner tout et n'importe quoi, vidant ainsi progressivement le terme de son sens, et de toute pertinence sémantique. C'est pourquoi il importe aujourd'hui, plus que jamais, d'être très rigoureux dans la définition de ce terme. Et pour ce faire, il est toujours possible de le rapprocher de termes très proches, comme celui de "civilisation". Or, comme le fait remarquer Léo Strauss, " le mot culture laisse dans l'indétermination ce qu'est la chose qu'il s'agit de cultiver (le sang et la terre ou l'esprit), tandis que le terme de civilisation désigne immédiatement le processus visant à faire de l'homme un citoyen, et non pas un esclave ; un habitant de cités, et non pas un rustaud ; un amoureux de la paix, et non de la guerre ; un être policé, et non pas un voyou. Une communauté tribale peut bien avoir une culture, c'est-à-dire produire des hymnes, des chants, des ornements pour ses vêtements, pour ses armes, pour sa poterie, des danses, des contes de fées et que sais-je encore, et en jouir ; elle ne saurait cependant être civilisée." (2)

Pourquoi cette culture n'est-elle donc pas nécessairement synonyme de civilisation? "Nous entendons par civilisation, répond C. Lévi-Strauss, la culture consciente de l'humanité, c'est-à-dire de ce qui fait d'un être humain un être humain : la culture consciente de la raison. La raison humaine est active, avant tout, de deux manières : en tant qu'elle règle la conduite humaine et en tant qu'elle tente de comprendre tout ce que l'homme peut comprendre ; en tant que raison pratique et en tant que raison théorique. Les piliers de la civilisation sont par conséquent la morale et la science, et les deux ensemble. Car la science sans morale dégénère en cynisme et détruit ainsi la base de l'effort scientifique lui-même ; et la morale sans la science dégénère en superstition et risque ainsi de se muer en cruauté fanatique. La science est la tentative de comprendre l'univers et l'homme ; elle est par conséquent identique à la philosophie ; elle n'est pas nécessairement identique à la science moderne . Par morale, nous entendons les règles de la conduite honnête et noble, telles que les comprendrait un homme raisonnable ; ces règles sont par nature applicables à n'importe quel être humain, bien que nous puissions devoir admettre que tous les êtres humains n'aient pas une aptitude naturelle égale à une conduite honnête et noble. (...) Pour notre présent propos, il suffira que j'illustre la conduite honnête et noble par la remarque selon laquelle elle est pareillement éloignée de l'inaptitude à infliger une douleur physique ou autre que du fait de tirer du plaisir à faire du mal."(3)

(1) E. Enriquez, De la horde à l'Etat. Essai de psychanalyse du lien social, Paris, Gallimard, Folio-essais, 1983, p. 357.
(2) Leo Strauss, Nihilisme et politique, p. 52-53.
(3) Leo Strauss, Nihilisme et politique, op. cit., p. 54.

Lire la suite : Texte complet, format PDF

Lire : extraits de texte sur Culture et diversité des langues, multiliguisme et respect de l'autre,
proposés par Philippe Fontaine : Aristote, Schaff, Lévi-Strauss (Format PDF), (Format RTF)
Diffusion : http://melies.ac-versailles.fr/projet-europe/salon/
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